Lac Inle

Vendredi 30 octobre

Après le coucher tardif, nous nous réveillons très tôt ce matin car nous avons rendez-vous avec Chan Chan à 7h30 pour passer une journée ensemble sur le lac Inle. Le lac mesure 20 km de long et 10 de large. Sa profondeur ne dépasse pas 6 m. Une centaine de milliers d’habitants, les Inthas (fils du lac) y vivent, répartis dans de nombreux villages aux maisons en bois sur pilotis. Les habitants pratiquent la culture hydroponique, c’est-à-dire sous forme de jardins et champs flottants. Nous allons inaugurer son nouveau bateau. Bateau tout en bois, très long avec des fauteuils, des cousins et des parapluies pour nous protéger du soleil. Lorsque nous arrivons à l’embarcadère, c’est l’effervescence. Nous découvrons le chenal aux eaux pourpres sous une lumière splendide. C’est un grand moment de surprise et d’enchantement. La journée promet d’être riche en émotions. Nous découvrons les rives du chenal et la vie qui s’y agite. Les maisons en teck sur pilotis bordent le chenal. Des enfants se baignent, des femmes se lavent, des hommes se dirigent vers le lac pour aller au marché flottant. Les montagnes vertes parsemées de quelques stûpas dorés ceinturent le lac. C’est magnifique! Entre eau, terre, ciel, nous sommes devant des paysages harmonieux, somptueux. Nous sommes immédiatement charmés par le décor mais surtout par la gentillesse des birmans. Ils sont tout sourires.

Des pêcheurs guettent le poisson soit à l’aide de simples filets ou de leurs nasses. Ce qui fait la particularité de ces pêcheurs Inthas, c’est la manière de se déplacer sur l’eau. En effet, ils sont debout sur la poupe de leur pirogue, et, d’un pied, ils manœuvrent la rame. C’est de leur hauteur qu’ils distinguent le mieux le fond du lac. Cette manière de naviguer à la verticale, permet de progresser dans les canaux très étroits sans s’empêtrer dans la végétation ou les cultures. C’est une posture très originale, unique au monde. Ils nous apparaissent comme des danseurs sur l’eau. Ils sont si gracieux!

Au bout d’une heure de traversée du lac, nous arrivons au marché flottant de Ywama. Des bateaux nous abordent et des femmes tentent de nous vendre leur artisanat: bijoux en argent, bouddhas, et autres pièces d’antiquité. Stef n’a même pas envie de regarder. Ce qui l’intéresse, c’est la vie, le commerce autour des fruits, des légumes, des épices. Nous débarquons et découvrons les Pa O assises près de leur balance et de leurs produits. Graines de sésame, gingembre, ail, oignons, tomates, tofu, fourmis grillées, haricots. Le marché est coloré. Une femme âgée, ridée, nous regarde avec son plus beau sourire. Quel bonheur de lui sourire à notre tour. Des échanges humains aussi forts, c’est ce que nous cherchions en voyageant. Et, c’est ce que nous trouvons ici au Myanmar. Pourquoi véhiculons nous une certaine crainte lorsque nous parlons de Myanmar en France? Il faut absolument aller à la rencontre de ce peuple. Nous sommes Heureux d’être parmi eux aujourd’hui.

Les Pa O sont habillées d’une tunique et d’une robe longyi bleu noir et ont un turban coloré. Elles sont facilement identifiables. Elles habitent les montagnes et viennent chaque jour au marché qui change d’endroit chaque jour.

Nous continuons notre visite en visitant une fabrique de tissage. Là, nous sommes accueillis par les femmes girafes. Elles sont venues exprès de leurs montagnes pour les touristes. C’est un peu particulier! Il n’y a pas trop d’émotion car ce n’est pas la vraie vie. C’est un peu le spectacle. Ces femmes ont des colliers au cou mais aussi aux genoux. Certaines ne peuvent pas plier les genoux. Apparemment elles peuvent choisir ou non de porter ces colliers. Ce n’est donc pas une obligation.

Ces colliers sont mis progressivement afin que les femmes s’habituent. C’est au départ un peu douloureux. Le cou devient donc plus long. Leurs vêtements sont colorés. Elles sont maquillées. Elles se laissent facilement photographier par les touristes.

Nous quittons cet endroit pour aller visiter une fabrique de papier Shan. Les femmes utilisent l’écorce de mûriers qu’elles font d’abord bouillir pendant une journée pour l’assouplir. Ensuite, elles cassent les fibres à l’aide d’un maillet. Elles mettent la pâte obtenue sur un tamis et le recouvre d’eau puis étalent la préparation. Elles font sécher le tamis pendant une journée au soleil. Parfois elles y ajoutent des fleurs fraîches. Le résultat est très joli. Le papier est assez épais. Elles l’utilisent pour la fabrication des ombrelles, des éventails, des abats-jours. Nous assistons d’ailleurs à la fabrication d’une ombrelle. Tout est naturel! Du papier, au manche en bois jusqu’à la colle faite à partir du riz gluant.

C’est intéressant de voir une autre manière de fabriquer les ombrelles.

Puis, nous nous promenons sur les jardins flottants où les maisons sont installées. Une femme nous invite dans sa maison. C’est incroyable! Quelle générosité, quel accueil! Nous acceptons l’invitation. Les femmes se plient en quatre pour nous accueillir. En moins de deux minutes, nous avons une tasse de thé, du maïs grillé sous forme de cacahuètes et des chips de riz. Elles vont même jusqu’à nous montrer des cartes postales qu’elles ont reçues ainsi que des photos. Elles nous proposent ensuite de monter à l’étage. Nous sommes surpris par la propreté de la pièce. Le plancher brille, rien ne traîne…

Nous redescendons et les remercions pour leur hospitalité. Encore un moment gravé dans nos mémoires.

Nous reprenons le bateau et allons visiter une école.

Les enfants sont tout excités car ce sont les vacances. Ils sont très nombreux dans les classes. A eux tous, ils font un incroyable brouhaha. Mais ils sont pleins de vie et c’est touchant. Des petits bouts de choux hauts comme trois pommes rentrent seuls chez eux avec leur sac coloré en bandoulière et leur cantine à la main.

Nous continuons notre chemin et accédons progressivement à la pagode Shwe Inn Tein. On peut admirer un millier de stûpas du XVII ème siècle noyés dans la végétation. En effet, au premier abord, l’endroit semble abandonné. Des stûpas de pierre, d’autres blancs ou dorés pointent leur pic dans un ciel bleu azur sans nuage. C’est très beau! Nous passons de la grande galerie (au moins 600 m) abritant de nombreux étals de souvenirs qui conduit à la pagode aux jardins alentours. En chemin, nous nous arrêtons devant une femme qui fait cuire des crackers de riz dans du sable rouge. Nous les goûtons. C’est très bon! Nous repasserons en acheter au retour. Nous arrivons dans le bâtiment principal. Des femmes Pa O sont en train de finir leur repas. Les hommes fument des cigares de leur côté. Femmes et hommes sont séparés. D’ailleurs, les femmes n’ont pas le droit d’avancer au-delà d’une certaine limite dans la pagode. Les visages burinés par le temps sont extrêmement souriants. C’est attendrissant! Nous nous installons au milieu d’eux. Le temps semble s’arrêter quelques instants. Puis, nous quittons la fraîcheur de la pagode pour longer à pied les canaux du lac. La vie est insoupçonnable ici. Des enfants se baignent, se rafraîchissent. Des étals de bijoux, de statuettes attendent le client. Des champs de bambous donnent de l’ombre aux habitants. Nous apercevons même un restaurant au milieu de nul part.

Nous profitons de ces scènes de vie avec enchantement. C’est intense en émotions! LA vie est bien là…

L’heure tourne, nous avons déjà visité beaucoup de choses. Alors, nous allons faire un saut rapide à la fabrique de bijoux en argent. Seb n’est pas trop moteur! C’est bizarre… Il a faim. Alors, nous abrégeons la visite pour aller déjeuner au bord du lac. Chan Chan nous emmène dans un petit restaurant sur pilotis où la nourriture est délicieuse. Elle nous suggère de goûter au poisson. Le repas est excellent. Plusieurs plats se mangent comme des tapas: chips au tofu, dés de poisson grillé, riz à la tradition Shan, salade de tomates vertes aux cacahouètes, poissons aux noix de cajou. Les enfants n’ont pas trop d’appétit mais nous les forçons un peu.

Nous ferions bien une petite sieste car le soleil cogne. Mais nous poursuivons nos visites pour cette fois aller à la pagode Phaung-Daw U. Celle-ci date du XII ème siècle, mais elle a été tellement agrandie et modifiée qu’elle présente aujourd’hui un aspect assez moderne et clinquant. Elle nous fait même penser à une mosquée avec ces décorations murales d’ influence arabe à l’intérieur. Mais, ici, c’est la plus vénérée. A l’intérieur, le grand autel central abrite 5 petits bouddhas, dont 4 sont transportés en procession chaque année sur la barge royale richement ornementée et tout en or lors de la grande fête aquatique du Phaung-Daw U. En réalité, il est difficile de deviner une quelconque silhouette de bouddhas dans ces blocs de pierre. Depuis longtemps, des feuilles d’or y sont collées par les fidèles. Ce qui a finit par donner de drôles de formes aux bouddhas. Les femmes n’ont pas le droit de poser les feuilles d’or ni d’approcher de trop près ces 5 bouddhas.

Puis, nous visitons une fabrique de tissage de fil de fleurs de lotus. Les femmes coupent la tige de la fleur de lotus et récupère la fibre pour en fabriquer du fil et l’embobiner afin de confectionner des écharpes, des sarongs… La fibre est couleur grège. Parfois, elles le teignent. Souvent elles mixent de la soie avec de la fibre de lotus. C’est très joli. Les machines à tisser sont en bois. Quelle coordination pour tisser. Mains et pieds sont solliciter en même temps. Elles tissent deux mètres en une journée. Dur labeur!

Nous nous arrêtons dans un atelier de forgerons dans le village de Seinkaung. Les forgerons tapent le métal sur leur enclume. Ce fer est récupéré sur les carcasses des automobiles. C’est un travail de force et de patience. Il fait chaud près du feu. La soufflerie est très archaïque. Nous avons l’impression de remonter dans le temps. En effet, celle-ci est actionnée par un vieil homme assis, qui tient deux morceaux de bambous reliés à des soufflets. Ici, pas de machine… Rien que du travail manuel exténuant. Des hommes musclés dégoulinant de sueur. Les forgerons travaillent au bruit des coups de masse donner sur l’enclume pour forger le métal. C’est presque mélodique vu de l’extérieur…

Des armes, des gongs, des statuettes, des hachoirs, des coupes-coupes, des casses-noisettes y sont confectionnés.

Nous avons presque terminer les visites. Nous allons voir la fabrique de cheerot, ces cigares roulés à la main, par des femmes de tous âges. Ces femmes travaillent dur et à une vitesse incroyable. Ces cigares sont fabriqués à partir d’une feuille cueillie dans les montagnes et qu’ils font sécher. Elles sont soigneusement sélectionner pour la fabrication de cigares. 1000 cigares sont roulés en une journée. C’est un travail minutieux mais à la chaîne. Les femmes ont un sacré coup de poignet. Dans la salle de travail se dégage une odeur forte de tabac. Ce n’est pas si désagréable. Seb goûte un cigare. Stef se laisse tentée. Ce n’est pas mauvais pense-t-elle! Les enfants sont scandalisés. Après ce que nous leur racontons sur la cigarette, ils ne comprennent pas pourquoi nous goûtons au cigare. Mathéo regarde les doigts de Stef pour vérifier qu’ils ne prennent pas la couleur jaune.

Leur réaction est assez drôle!

Nous terminons notre visite par le monastère de Nga Phe Chaung aux chats qui sautent à travers un petit cerceau. Ce monastère est construit sur plus de 650 poteaux de teck dont 200 couverts de feuilles d’or, supportant l’édifice depuis plus de 150 ans. Nous y rencontrons beaucoup d’ indiens. Les enfants ont les yeux maquillés d’un trait de Khol noir même les bébés. Une jeune fille vient embrasser Emma et la toucher. Apparemment, ils ne sont pas habitués à voir beaucoup d’occidentaux. La visite se passe encore avec le sourire jusqu’aux oreilles. D’ailleurs, nous commençons à sentir les crampes ; ).

Quelle journée, riche en découvertes, en apprentissage, en relations humaines!

Nous rentrons exténués. Nous nous reposons dans notre chambre.

Avec un peu de courage, nous ressortons dîner dans un restaurant recommandé par Chan Chan. Nous y mangeons des crêpes salées. L’ambiance est magique. Deux guitaristes et un chanteur nous donnent un petit concert improvisé. Une douceur dans la voix, une sympathie sur leur visage nous laissent rêveurs. Les français ont beaucoup à apprendre!

Un des musiciens propose sa guitare à Mathéo. Il la lui laisse manipuler. Mathéo est aux anges. En rentrant, il achète une guitare, dit-il!

Encore un grand moment de bonheur partagé avec les birmans.

2 réflexions au sujet de « Lac Inle »

  1. Cet endroit à l’air vraiment dépaysant… comme le reste de la Birmanie qui m’a toujours tenté… En tant que fan d’hydroponie, cette version ancestrale ne pouvait pas ne pas apparaitre dans notre blog…

    Bien que je sois jaloux (comme un poux) de votre expédition , je vous souhaite bonne continuation et bon voyage.

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